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  • : Ce blog fut d'abord dédié à l'avenir de la l'édition littéraire aujourd'hui moribonde. Après quatre mois et une quarantaine d'articles, j'ai eu le sentiment d'avoir fait le tour de la question et éprouvé le besoin d'une démarche plus méthodique. Je me suis donc attelé à un livre sur le sujet. Les articles restant d'actualité, je laisse ce blog en ligne, mais il n'est plus alimenté.
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presse

Mardi 20 février 2007
Extrait du livre de l'éditeur littéraire new-yorkais André Schiffrin, "Le contrôle de la parole" (La Fabrique, 2005), qui analyse le bouleversement de l'édition française après le partage de Vivendi entre Hachette et Wendel :

"Il est fort probable que Dassault parviendra à imposer ses vues politiques et économiques aux journaux passés sous son contrôle. J'ai déjà mentionné l'influence que peut avoir un patron de presse, qu'il s'agisse de la transformation de "L'Express" par Goldsmith ou du bouleversement imposé par Murdoch à tous les journaux, à toutes les stations de télévision qu'il possède en Grande-bretagne et aux Etats-Unis.

Mais en France, outre ces facteurs extérieurs, il se pose une grave question, celle du conformisme intellectuel qui règne actuelle- ment. C'est bien la dernière chose à laquelle un étranger pouvait s'attendre dans un pays connu pour la vitalité du débat intellectuel, la variété de vues dans la culture et la pensée. [...] Un sujet aussi grave que le monopole potentiel Hachette-VUP n'a guère suscité de débats publics. On peut penser que cette lacune provient en partie de la prudence à laquelle la presse française est tenue quand elle traite de Hachette: l'essentiel de sa distribution est entre ses mains et le groupe est un annonceur très important. [...]

Malgré les différences d'opinions entre les quotidiens nationaux, certains sujets controversés ne sont traités nulle part. Au cours des dernières années, la presse française n'a pas fait preuve de beaucoup de courage pour traiter de la tyrannie et de la corruption en Algérie et au Maroc. On n'a guère entendu parler des retombées financières des ventes d'armes et des achats de pétrole sur les partis politiques français. [...]

Certes, la presse française a réagi très énergiquement à la guerre d'Irak, en donnant des événements une bien meilleure couverture que les journaux américains. mais elle suivait ainsi la position du gouvernement français. [...] Dans un numéro récent du "Nouvel Observateur" consacré à la presse, des journalistes étrangers travaillant à Paris ont exprimé leur étonnement devant la docilité de leurs collègues français. Selon l'un d'eux, les conférences de presse à l'Elysée avaient quelque chose des grands levers à Versailles."
Par Périgot
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Jeudi 22 février 2007
Je dis "ils" parce que ils étaient plusieurs complices : l'auteur (Todorov), l'éditeur (Flammarion) et un certain nombre de journalistes, dont une de Télérama. Il s'agit d'un objet ressemblant à un livre, avec une belle couverture ivoire à rabats et dessus un titre pesant son poids d'émotion pour un gogo comme moi : "La littérature en péril". Mais quand vous ouvrez, oh! surprise et déception: y a rien, c'est vide. J'ai souligné avec mon crayon, c'est ma mauvaise habitude, mais pour mettre en valeur... le vide, tellement il est vide que ça vaut le coup de s'en souvenir. Par exemple, ça : "[Les romanciers] me permettent de donner forme aux sentiments que j'éprouve, d'ordonner le fleuve des menus événements qui constituent ma vie." Plus loin : "La littérature peut beaucoup. Elle peut nous tendre la main quand nous sommes profondément déprimés, nous conduire vers les autres êtres humains autour de nous [et non pas au-dessus ou au-dessous], nous faire mieux comprendre le monde et nous aider à vivre."

Bon, tout ça est bien gentil, pas futé-futé, mais pas vraiment faux. Seulement on attend plus d'un auteur qualifié ici et là de "fondateur du structuralisme" (sic ! De Saussure et Jakobson font un tour complet dans leur tombe). Et surtout, rien qui ne développe le titre racoleur, aggravé d'une 4ème de couverture annonçant qu'une "conception étriquée de la littérature, qui la coupe du monde dans lequel on vit, s'est imposée dans l'enseignement, dans la critique et même chez nombre d'écrivains." Todorov se montre assez pertinent sur l'enseignement, quoique peu original: "A l'école, on n'apprend pas de quoi parlent les œuvres, mais de quoi parlent les critiques." Mais pour le reste, aucun journaliste ni aucun auteur n'est mis en cause, accusé de mettre "en péril" la littérature. Au point que la rédactrice de Télérama se laisse aller à déclarer (si Todorov est copain avec Sarkozy, elle sera virée!) : "La démonstration (sic) de Todorov souffre de n'être pas étayée d'exemples concrets." C'est le moins qu'on puisse dire, il n'y a aucune référence. Todorov s'attarde longuement, à ce sujet, sur la correspondance entre Flaubert et George Sand. Une actualité brûlante!

Je n'avais rien lu de Todorov. Je savais vaguement qu'il avait à voir avec les formalistes russes, et ce nom sonnait plutôt bien à mes pauvres oreilles. En fait, je confondais plus ou moins avec Chomsky, qui est d'une autre pointure – pardon, Monsieur Chomsky! Le problème n'est pas l'indigence de Todorov, ni même la publication par Flammarion (qui publie des Houellebecq), mais la complaisance-complicité des pseudo-critiques et plus généralement du petit monde parisien régnant dans les medias. Car ce livre vide de pensée "suscite la polémique", paraît-il, "déchaîne les passions"! C'est à cause d'eux que j'ai perdu 12 €. Ce sont eux qui mettent "la littérature en péril", car il est vrai qu'ils font la pluie et le beau temps, que le sort des livres est entre leurs mains. C'est-y Dieu possible! 
Par Périgot
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Lundi 9 avril 2007
Suite de mon papier de lundi dernier, à propos du roman de Virginie Lou.

Les articles promis sont tombés. La même semaine. Deux bons papiers et dans deux journaux bien ciblés: le lectorat du Monde et de Télérama doit compter un bon pourcentage de lecteurs de romans.

Mais rien n'est gagné. Virginie Lou en a fait l'expérience avec De la vie et autres chienneries (Joëlle Losfeld, 2005), et, déjà, avec son premier roman, Eloge de la lumière au temps des dinosaures (Actes Sud, 1997), qui avait plafonné à 6000 exemplaires malgré une critique abondante et élogieuse. Sans la presse, un roman est mort-né, mais la presse est de moins en moins vendeuse.

Le fait s'explique par la désaffection pour la lecture en général, et — en particulier — celle des journaux. Les jeunes n'en lisent pratiquement plus (l'école, récemment ouverte à la littérature pour la jeunesse, devrait aussi se soucier de ce problème civique). Mais surtout, les journalistes se sont déconsidérés. Cf le livre de Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde — devenu un best seller sans passer, en refusant de passer à la télé! — dont voici la conclusion:

« Parlant des journalistes de son pays, un syndicaliste américain a observé: "Il y a vingt ans, ils déjeunaient avec nous dans des cafés. Aujourd'hui, ils dînent avec des industriels." En ne rencontrant que des "décideurs", en se dévoyant dans une société de cour et d'argent, en se transformant en machine à propagande de la pensée de marché, le journalisme s'est enfermé dans une classe et dans une caste. Il a perdu des lecteurs et son crédit. Il a précipité l'appauvrissement du débat public. Cette situation est le propre d'un système: les codes de déontologie n'y changeront pas grand-chose. Mais, face à ce que Paul Nizan appelait "les concepts dociles que rangent les caissiers soigneux de la pensée bourgeoise", la lucidité est une forme de résistance»[Commander le livre]

Mais même si on les lit (pour ma part, je n'y consens que dans le TGV, sur du temps perdu), comment voulez-vous leur prêter intérêt, en sachant qu'ils sont vendus? Eux-mêmes ne se prennent pas au sérieux: nombre de "critiques" se bornent à délayer le prière d'insérer envoyé par l'éditeur. A force de ramper, ils finissent par ne plus savoir se tenir debout.


Ces considérations amères et désobligeantes visent — comme le dit Serge Halimi — un système. Dieu merci, je connais des journalistes qui gardent, autant que faire se peut, la tête haute. Certains participent même à un observatoire des medias, acrimed.org, dans le souci d'une "critique indépendante, radicale et intransigeante".



Par Périgot
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