Texte Libre
Ce blog est le prélude à la création d'un lieu éditorial sur le Net, que je n'appellerai pas "maison" mais "bibliothèque". Je constituerai peu à peu une
collection de livres sous le nom de "littératures".
Il est de bon ton, dans les milieux que je fréquente, de défendre la librairie en ville contre la librairie en ligne. "De bon ton", c'est peu dire: on en fait une affaire de
morale, campant le libraire en héros de notre temps, dévoué à la bonne cause au mépris de ses propres intérêts. Et comme il est menacé de mort, ne pas le défendre reviendrait à se faire le
complice du système inhumain qui cherche à l'abattre.
Je ne sens pas les choses comme ça. Les librairies sont des lieux amis, dont je bénis la présence parmi les banques et les magasins de fringues, qui prolifèrent dans les centres-villes. Je ne manque pas d'y fureter, surtout en déplacement. Mais ce sont essentiellement les livres et non les libraires qui m'y attirent. Les libraires, ils m'ignorent, ils m'accordent moins d'attention que le premier commerçant venu, qui va me demander: "Vous désirez?" ou "Puis-je vous aider?"
On peut voir dans ce comportement le respect des clients, qui entrent pour la plupart sans projet d'achat précis, feuillètent, butinent, pour enfin se laisser tenter. Mais alors, l'espace devrait être organisé en conséquence – il faudrait au moins où s'asseoir – et la visite devrait être accompagnée, guidée, éclairée. C'est rarement le cas. Je suis même tombé un jour sur une pancarte accrochée aux rayonnages: "IL EST DEFENDU DE LIRE"! Je ne blague pas, le libraire en avait marre des ados qui lisaient les BD sans payer.
Dans un forum de Livres Hebdo sur l'avenir des librairies indépendantes, quelqu'un écrit :"Et si Internet faisait trembler certains libraires indépendants parce que justement ils ont tendance à oublier les bases du métier que sont : l'accueil, le conseil, l'écoute, la valorisation du fonds par des libraires passionnés et formés... ce supplément d'âme qu'on ne retrouvera jamais sur la toile."
Nombre de librairies sont en effet devenues de simples magasins. Je n'accuse pas les libraires: ils sont victimes de la crise de la lecture et de l'édition, et survivent comme il peuvent sous la pression des grands groupes, mais les magasins de livres sont voués à disparaître, ils ne feront jamais le poids devant les librairies en ligne. D'autant que celles-ci offrent des services de plus en plus pointus (par exemple, le "Cherchez au cœur" d'Amazon, qui permet la recherche avec mots-clés dans le corps des textes numérisé).
L'avenir à court terme n'est pas rose, mais je veux croire l'agent littéraire américain Andrew Wylie, qui déclarait au journal Le Monde, en octobre 2006: "Le circuit de vente des livres va se développer d'une manière très favorable aux livres de qualité. Les grandes chaînes de librairie, qui sont extrêmement néfastes, ne mettant en avant que des livres médiocres, à vente rapide, et négligeant totalement le fonds, sont en perte de vitesse. Grâce notamment à Amazon, qui est une révolution. Le marché va se partager entre Amazon et les librairies indépendantes, dont le réseau, aux Etats-Unis, a été bien endommagé, mais va se reconstruire. Je suis certain que les défaitistes se trompent."
Pour aider ce commerce pas comme les autres, ne faudrait-il pas créer un label équivalent à l'Art & Essai? C'est l'une des 55 propositions de Baptiste-Marrey, dans son livre "Les Boutiques des merveilles", consacré à la défense de la librairie indépendante. [Commander ce livre]
Je ne sens pas les choses comme ça. Les librairies sont des lieux amis, dont je bénis la présence parmi les banques et les magasins de fringues, qui prolifèrent dans les centres-villes. Je ne manque pas d'y fureter, surtout en déplacement. Mais ce sont essentiellement les livres et non les libraires qui m'y attirent. Les libraires, ils m'ignorent, ils m'accordent moins d'attention que le premier commerçant venu, qui va me demander: "Vous désirez?" ou "Puis-je vous aider?"
On peut voir dans ce comportement le respect des clients, qui entrent pour la plupart sans projet d'achat précis, feuillètent, butinent, pour enfin se laisser tenter. Mais alors, l'espace devrait être organisé en conséquence – il faudrait au moins où s'asseoir – et la visite devrait être accompagnée, guidée, éclairée. C'est rarement le cas. Je suis même tombé un jour sur une pancarte accrochée aux rayonnages: "IL EST DEFENDU DE LIRE"! Je ne blague pas, le libraire en avait marre des ados qui lisaient les BD sans payer.
Dans un forum de Livres Hebdo sur l'avenir des librairies indépendantes, quelqu'un écrit :"Et si Internet faisait trembler certains libraires indépendants parce que justement ils ont tendance à oublier les bases du métier que sont : l'accueil, le conseil, l'écoute, la valorisation du fonds par des libraires passionnés et formés... ce supplément d'âme qu'on ne retrouvera jamais sur la toile."
Nombre de librairies sont en effet devenues de simples magasins. Je n'accuse pas les libraires: ils sont victimes de la crise de la lecture et de l'édition, et survivent comme il peuvent sous la pression des grands groupes, mais les magasins de livres sont voués à disparaître, ils ne feront jamais le poids devant les librairies en ligne. D'autant que celles-ci offrent des services de plus en plus pointus (par exemple, le "Cherchez au cœur" d'Amazon, qui permet la recherche avec mots-clés dans le corps des textes numérisé).
L'avenir à court terme n'est pas rose, mais je veux croire l'agent littéraire américain Andrew Wylie, qui déclarait au journal Le Monde, en octobre 2006: "Le circuit de vente des livres va se développer d'une manière très favorable aux livres de qualité. Les grandes chaînes de librairie, qui sont extrêmement néfastes, ne mettant en avant que des livres médiocres, à vente rapide, et négligeant totalement le fonds, sont en perte de vitesse. Grâce notamment à Amazon, qui est une révolution. Le marché va se partager entre Amazon et les librairies indépendantes, dont le réseau, aux Etats-Unis, a été bien endommagé, mais va se reconstruire. Je suis certain que les défaitistes se trompent."
Pour aider ce commerce pas comme les autres, ne faudrait-il pas créer un label équivalent à l'Art & Essai? C'est l'une des 55 propositions de Baptiste-Marrey, dans son livre "Les Boutiques des merveilles", consacré à la défense de la librairie indépendante. [Commander ce livre]
par Joseph Périgot
publié dans :
librairie
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