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Ce blog fut d'abord dédié à l'avenir de la l'édition littéraire aujourd'hui moribonde. Après quatre mois et une quarantaine d'articles, j'ai eu le sentiment d'avoir fait le tour de la question et éprouvé le besoin d'une démarche plus méthodique. Je me suis donc attelé à un livre sur le sujet. Les articles restant d'actualité, je laisse ce blog en ligne, mais il n'est plus alimenté.
Ce blog est le prélude à la création d'un lieu éditorial sur le Net, que je n'appellerai pas "maison" mais "bibliothèque". Je constituerai peu à peu une
collection de livres sous le nom de "littératures".
Le livre ordinaire - je veux dire : le livre tel qu'il est traité ordinairement, d'un auteur qui n'en est pas à son coup d'essai mais n'a pas accédé au statut de vedette, ce livre-là ne fait pas plus de trois petits tours avant de disparaître de la circulation. Sorti du carton par le libraire, il rejoint le tas de nouveautés pas toujours étalées sur la table par manque de place. Dans le meilleur des cas, disposé à la verticale au milieu de la table, il se détachera des autres, ou encore - fin du fin - il trônera sur la caisse du libraire, avec la mention "A lire absolument". Le chouchou du libraire. Mais ça ne se passe comme ça que chez les libraires qui lisent et conseillent, autrement dit les "bons libraires", qui ne sont, au fond, que des libraires qui font leur travail. Il n'y en a pas tant que ça en France. Mettons 5% sur les 2500 magasins qualifiés de "librairies". Une centaine. Ça fait peu pour faire un best seller, d'autant que les librairies n'assurent plus que 20% des ventes de livres (20% par les clubs, 20% par les grandes surfaces spécialisées type FNAC, 20% par les hypers). Bref, la porte est étroite et se referme très vite. Le livre qui ne s'est pas vendu sur les tables a peu de chances de continuer sa vie dans les rayons, car la librairie moyenne n'a pratiquement plus de fonds en dehors des collections de poche (et encore ! la publication en poche s'étant vulgarisée, si l'on peut dire, n'étant plus réservée aux titres qui ont marché en première édition, le libraire trie dans le catalogue; elle est déjà loin l'époque où il réassortissait systématiquement le numéro manquant du Livre de Poche Hachette, qui était alors unique en son genre). Or trois petits tours, c'est insuffisant pour que le bouche à oreille se développe. N'étant plus visible nulle part, le livre tombe dans l'oubli. Vous écrivez un livre soir après soir et week-end après week-end, parce qu'il faut bien "gagner sa vie" pendant le jour et la semaine, et ce pendant une année, si vous avez un peu d'exigence. Un texte peut se faire pressant et envahir vos pages, mais il vous faudra nécessairement le repenser, le remodeler au long de quelques mois avant de le juger apte à voler de ses propres ailes, et il y a tout lieu de penser qu'il n'est pas né d'hier au fond de votre tête. Ecrire, c'est long, lent. Un texte, ça ne se fabrique pas, ça se mûrit, ça s'élabore. Dans le doute, parfois dans l'angoisse, de temps en temps dans la joie. Et le livre qui en procède est livré au bon vouloir de quelques journalistes parisiens. Il dépendra d'eux que votre livre fasse plus de trois tours de piste. Mais ce n'est pas du problème de la critique que je veux parler aujourd'hui (ça viendra, oh oui ! en attendant, lisez la critique de la critique du Monde des Livres dans PLPL). L'éditeur est aussi responsable des trois petits tours et puis plus rien. En général, il prend au sérieux la préparation du livre, son impression, sa promotion auprès des libraires et de la presse toute-puissante, mais si celle-ci dédaigne le livre, que fait-il ? Que fait-il après les trois petits tours ? Il attend. Il attend les retours, qui ne manquent pas d'arriver, et prépare un autre bouquin pour colmater la brèche. Et pendant un an ou deux, les retours venant en soustraction des commandes, les ventes de votre livre risquent d'être... négatives ! Les années suivantes, votre relevé de compte fera état de 5, 10, 15 livres vendus. Faut-il rappeler à l'éditeur qu'il s'est engagé "à procurer, par une diffusion dans le public et auprès des tiers susceptibles d'être intéressés, les conditions favorables à l'exploitation de l'ouvrage sous toutes ses formes", selon les termes du contrat-type du Syndicat National de l'Edition? C'est la raison pour laquelle vous vous êtes dépossédé de vos droits pour les lui céder. Il est le propriétaire de votre texte, il peut en faire ce qu'il veut sans vous demander votre avis, ce qui, sur le fond, est assez choquant (dans la limite du "droit moral", il est vrai, mais c'est peu de chose). Et cette dépossession vaudra "pour tout le temps que durera la propriété littéraire de l'auteur et de ses ayants-droits", c'est à dire 70 ans et plus s'il y a une petite guerre entre temps, autrement dit à vie! C'est tout de même cher payé ! Alors quand les ventes plafonnent à 10 par an, il faudrait peut-être que l'auteur aille voir d'un peu plus près, et que l'éditeur s'explique. Tout se passe comme si c'était normal qu'un livre fasse ses trois petits tours et puis plus rien. On l'a édité, votre bouquin, on a fait tout ce qu'il fallait, mais qu'est-ce que vous voulez ? c'est comme ça, ça n'a pas marché. Sous-entendu (ou même entendu) : il n'était pas aussi bon qu'on a pu le penser... Il s'imposerait de répondre : Admettons, mais rendez-moi mes droits. Au lieu de ça, l'auteur n'a rien dire tant qu'il y a du stock et que les rarissimes commandes peuvent être honorées. En effet, l'entourloupe la plus fréquente est la suivante : l'éditeur pilonne, car le stockage, ça coûte, mais il ne pilonne pas entièrement, il garde quelques dizaines d'exemplaires. Ce n'est pas pour les trois sous que ça lui rapportera sur les dix années à venir, mais essentiellement pour garder les droits, parce qu'on ne sait jamais (si Spielberg s'intéressait au texte, hein?). Et ça, c'est du vol : il garde les droits sans aucune contrepartie ! Sans la contrepartie prévue par le contrat. L'auteur devrait pouvoir, par contrat, le casser, ce contrat. A quoi servent les CNL, SGDL, SACD, qui prétendent défendre les auteurs, s'ils ne sont pas capables d'imposer ça aux éditeurs ? Et si l'auteur le cassait, ce contrat, sans autre forme de procès ? L'éditeur ne fout rien, je réédite moi-même. Ce serait illégal mais moralement juste. Un peu comme les faucheurs d'OGM. Et la morale est plus importante que la loi. Elle est même censée la fonder, et elle peut la remettre en cause. Ce genre de questions ne se posait pas il y a quelques années, quand l'édition imposait une mise de fonds importante et la prise en charge par un diffuseur. Mais aujourd'hui, avec Internet et l'impression numérique, tout est différent. Cf mes articles précédents (c'est une obsession, je le reconnais !) L'auteur peut fort bien rééditer le livre dont il aura repris possession. On se demande d'ailleurs pourquoi l'éditeur ne s'y colle pas lui-même, sur Internet, pour essayer de vendre autrement le bouquin qui moisit dans les hangars du distributeur. Qu'il le mérite, le privilège que lui a accordé l'auteur en lui abandonnant ses droits ! Mais non, ce minus habens est gonflé d'importance, persuadé qu'il a rendu service à l'auteur en le publiant, que sans lui l'auteur ne serait rien. Il ne va tarder à se dégonfler... Pfuitttttttt...
"Ça fait peu pour faire un best seller, d'autant que les librairies n'assurent plus que 20% des ventes de livres (20% par les clubs, 20% par les grandes surfaces spécialisées type FNAC, 20% par les hypers)."
Et les 20 % qui restent ?
A part ça, 100 % d'accord avec vous. On commence à être un certain nombre à dire ce genre de choses aux éditeurs. Je crois que leur sonotone ne fonctionne pas bien...
Commentaire n° 1 posté par
Berlol le 26/12/2006 à 13h40
Effectivement, ça fait bizarre, il manque 20% ! Je n'avais pas cru bon l'indiquer, car c'est la catégorie "divers" : maisons de la presse, soldeurs, grands magasins, salons, courtage, comités d'entreprise etc. Ces chiffres ne sont pas d'une fiabilité absolue, puisqu'ils ont été établis par sondage auprès d'acheteurs de livres, à la demande du Centre National du Livre.
Comme dans tout système les interstices se comblent, de votre déception de ne pas voir vos livre vivre, tellement comparable à celle d'autres écrivains, il ne faut pas désespérer... Plusieurs éditeurs, dont je fais partie, travaillent le fonds et la relation avec les libraires pour que les textes vivent. C'est un métier différent, mais c'est là la voie de la littérature. Amicalement
J\\\'ai la dent dure avec les éditeurs EN GENERAL, et la majorité de ceux que j\\\'ai rencontrés sont conformes à l\\\'image piteuse que j\\\'en donne. Il est bien évident que je ne vise pas TOUS les éditeurs. Et ces "éditeurs en général" ne sont même pas accusables en tant qu\\\'individus. On peut tout juste leur reprocher de se laisser prendre et porter par le système, c\\\'est à dire par l\\\'idéologie dominante, désormais mondiale, qui transforme tout en marchandise.
Les changements survenus dans l'édition
française en l'espace d'une année (2003) montrent comment des cultures traditionnelles peuvent être modifiées en très peu de temps: ce qui semblait aux yeux de tous un paysage stable et bien établi a
pu se trouver aisément bouleversé. Comme dans une rangée de dominos, les transformations d'une entreprise ont entraîné une série de métamorphoses qui ont fini par altérer l'espace culturel public en
France. André Schiffrin
En 2001-2002, les Editions Fayard inauguraient un "secteur jeunesse" avec 12 titres des "Pacom",
une collection mettant en scène des parents "pas comme" les autres, qui apprennent à Juju et Lulu à ne pas être des moutons, à tout mettre en question, à penser par eux-mêmes. Cette
initiation à l'approche philosophique, irrespectueuse, voire provocatrice, a fait chou blanc faute d'une commercialisation adaptée par un éditeur qui n'y connaissait rien en littérature
jeunesse, mais aussi à cause de la conjoncture politique : elle a été mise en place en librairie, le... 11 septembre 2001 ! Dans ce livre, j'ai auto-édité 4 histoires restées en rade chez
Fayard.
Et les 20 % qui restent ?
A part ça, 100 % d'accord avec vous. On commence à être un certain nombre à dire ce genre de choses aux éditeurs. Je crois que leur sonotone ne fonctionne pas bien...
Plusieurs éditeurs, dont je fais partie, travaillent le fonds et la relation avec les libraires pour que les textes vivent. C'est un métier différent, mais c'est là la voie de la littérature.
Amicalement