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Ce blog fut d'abord dédié à l'avenir de la l'édition littéraire aujourd'hui moribonde. Après quatre mois et une quarantaine d'articles, j'ai eu le sentiment d'avoir fait le tour de la question et éprouvé le besoin d'une démarche plus méthodique. Je me suis donc attelé à un livre sur le sujet. Les articles restant d'actualité, je laisse ce blog en ligne, mais il n'est plus alimenté.
On s'intéresse de près à la "blogosphère", hier méprisée. Arte lui a consacré une émission, la semaine dernière, et Télérama un dossier, début avril. L'objet de ce brusque intérêt: l'importance des blogs dans la campagne électorale. Internet a en effet marqué
les élections présidentielles de 2007 comme la télévision avait marqué celles de 1965, Mitterrand contre De Gaulle. Le phénomène s'est amorcé en 2005, pendant la campagne sur l'Europe: Etienne
Chouard, un "petit" (c'est à dire un "nobody" comme disent ceux qui se croient VIP, jamais invité par PPDA) prof d'informatique de Marseille met en ligne une analyse du projet de constitution et,
à sa propre stupéfaction (mêlée de crainte), elle se répand comme une traînée de poudre, au point de jouer un rôle déterminant dans la victoire du non. Cet événement campe Internet en rival du
loto: c'est simple, pas cher et ça peut rapporter gros! De bonnes âmes frileuses s'en inquiètent et elles ont raison, c'est une petite révolution qui peut devenir grande: n'importe qui peut
prendre la parole et espérer être entendu. Comme le dit Eli Flory dans une belle formule: il y a
"diffraction de la parole d'autorité".
Les éditeurs eux-mêmes se mettent au Net. Ils acceptent enfin de pactiser avec le Diable! Le dernier Monde des Livres en fait état sous le titre "La promotion par le Net". Gallimard et Belfond, par exemple, encouragent leurs auteurs à bloguer et n'hésitent pas
à mettre la main au portefeuille (geste extrêmement douloureux pour la plupart des éditeurs). Gutenberg lance "Un délicieux carnage" de Philippe Ulrich avec un site sur MySpace dédié au
personnage du roman, Albert le Dingue. Tout ce que vous voulez savoir sur le personnage et qui n'est pas dans le bouquin. En prime, vous pouvez discuter le coup avec l'auteur.
Pour la sortie de "Papillon des étoiles " de Bernard Werber, Albin Michel a sélectionné 35 "blogueurs influenceurs" en les chargeant de faire connaître le site créé à cet effet. Là, la démarche
devient douteuse. L'article du Monde ne précise pas si ces 35 élus ont été "encouragés" d'une manière ou d'une autre. Je n'ai pas envie de jouer au pur et de prêcher la vertu, mais partout où les
marchands foutent les pieds, ils salissent la moquette. Prions avec Eli Flory: "Que les
blogueurs que nous sommes sachions préserver notre liberté de jugement. Là est notre richesse, et peut-être notre crédibilité, deux vertus essentielles qui manquent quelquefois à certains
critiques de la presse écrite."