• : Littératures, de Joseph Périgot
  • : 18/12/2006
  • : Ce blog fut d'abord dédié à l'avenir de la l'édition littéraire aujourd'hui moribonde. Après quatre mois et une quarantaine d'articles, j'ai eu le sentiment d'avoir fait le tour de la question et éprouvé le besoin d'une démarche plus méthodique. Je me suis donc attelé à un livre sur le sujet. Les articles restant d'actualité, je laisse ce blog en ligne, mais il n'est plus alimenté.

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Mardi 2 janvier 2007
       Je suis un fils de pauvre. Un fils de rien. Mais ce rien, c'est le tout dont je viens et je ne l'ai jamais renié. Mon père, c'est mon père chéri, charretier à dix-sept ans, monté à la ville pour devenir coiffeur. Ma mère, c'est ma mère adorée, bonniche dans les fermes à douze ans, avec une dérogation de l'inspecteur primaire – enculé d'inspecteur primaire, qui ne devait pas péter beaucoup plus haut que  le cul de ma petite maman.
    L'école de Jules Ferry  m'a ouvert des horizons étrangers à ma famille. Influencé par je ne sais qui, je ne sais quoi, j'écoutais Bach, l'oreille collée au poste de radio, car mon père disait : "Arrête ! c'est toujours pareil, ta musique !" Et j'ai écrit mon premier poème à onze ans (sur la mort du roi Georges VI, quelle honte !), mon premier roman à quinze ans. J'étais le petit intello d'une famille qui ne l'était pas, et je leur sais gré de m'avoir accepté comme tel.
    Tout ça pour dire que la littérature, je ne l'ai pas trouvée  dans mon berceau, comme Yann Quéffélec ou Alexandre Jardin. Elle m'impressionnait. Pauvre, on est impressionné par la richesse et le pouvoir. Par les acteurs de cinéma, les vedettes de la chanson, les présidents de la République. Pour reprendre à l'envers la phrase de cet imbécile de Raffarin, c'était la France d'en haut, et moi, j'étais tout en bas, mais les mots, les phrases, les pages, les livres me travaillaient au corps. J'ai passé combien de nuits, pendant des dizaines d'années, même déjà âgé, à trente ans et plus, marié, flanqué d'enfants, à écrire des textes que personne ne lirait jamais?
    J'étais parti pour tenter d'approcher une définition de la littérature. Ce sera pour la prochaine fois – une autre tentative, car définir la littérature, c'est mission impossible.  Il n'y a que les éditeurs et les journaleux qui savent ce que c'est.
Dimanche 31 décembre 2006
Je connaissais l'éditeur-goujat, qui ne se fend même pas d'une réponse stéréotypée. Je connaissais l'éditeur-trop-poli-pour-être-honnête qui regrette que le texte n'entre pas dans le cadre de ses collections. Je connaissais l'éditeur-faux-cul qui s'excuse de répondre si tard et malheureusement, c'est un refus, malgré la qualité du texte, et il vous souhaite bonne chance. Je ne connaissais pas l'éditeur-chien, qui prend plaisir à mordre les auteurs au passage. C'est arrivé à Julie. Le Dilettante ne s'est pas contenté de refuser son recueil de nouvelles, il l'a envoyée se rhabiller, d'une phrase à l'emporte-pièce qualifiant son écriture de "pesante, avec un rythme très saccadé qui finit par rendre la lecture fatigante". Encore un grand esprit qui aurait viré Proust à cause de ses phrases à rallonges et Céline à cause de ses points de suspension. Je peux comprendre qu'on soit irrité par le manque de talent, en fin de journée, après s'être farci une montagne de manuscrits nuls, mais Julie est un vrai écrivain, Monsieur le Dilettante. Vous avez le droit de ne pas aimer son texte et de ne pas le publier, mais pas de lui envoyer à la gueule une pseudo analyse qui désespère sa plume. Mais je dis n'importe quoi: ce n'est pas une question de droit ni de morale. C'est une question de sensibilité et d'intelligence. D'ailleurs, je suis allé voir sur votre site, vous vous montrez flatté d'être reconnu par Houellebecque comme une maison d'édition ayant "joué un vrai rôle", au point d'inviter le lecteur à lire l'intégralité de l'interview de ce grand penseur dans Paris Match. C'est tout dire. Quand je pense que tu as failli être éditée par Le Dilettante, ma pauvre Julie ! En attendant que tu rencontres un éditeur digne de ce nom, je mets l'une de tes nouvelles en ligne, La Clef.
par Périgot publié dans : édition
Dimanche 31 décembre 2006
    Mon article intitulé "Une éditrice de 1ère classe" peut paraître de bas étage. On me l'a reproché. Attaquer quelqu'un sur ses travers n'honore pas l'attaquant. Soit. Je me dois donc de préciser que ce n'était qu'une première appproche, concrète, anecdotique, d'une question de fond, auquel tout auteur un peu conscient est confronté : Qu'est-ce qui légitime le pouvoir de l'éditeur ? D'où son jugement tire-t-il sa valeur ?
    Cette valeur il est vrai, est spontanément reconnue par le public lecteur. Vous serez infiniment plus respecté en ayant publié chez Gallimard que chez Truc (Comp'act, par exemple, ou Farrago – vous dîtes comment ? – Farrago – Far à quoi ?). Or, Gallimard, aujourd'hui, c'est Antoine Gallimard, dont tout le monde sait qu'il accorde plus d'importance à son bateau qu'à l'entreprise éditoriale. Gallimard qui publie ce gentil corniaud d'Alexandre Jardin, fils de Pascal. Gallimard qui n'hésite pas à défigurer l'historique Collection Blanche avec "Comme un roman" de Pennac, qui n'a rien d'un roman et accumule les banalités sur la pédagogie de la lecture, pour séduire le corps professoral. Faut-il rappeler que Le Seuil a gagné ses lettres de noblesse commerciales avec "Le petit monde de Don Camillo", ouvrage sympathique mais sans aucun intérêt littéraire?
    Tu envoies ton manuscrit à Gallimard, il te dit OK : tu sautes de joie, tu as du mal à t'endormir le soir. Idem pour Le Seuil. Et même Grasset. Denoël. Actes Sud. Tu n'en reviens pas : ils ont dit oui ! Qui c'est "ils" ? D'où viennent-ils ? Vulgairement : d'où pètent-ils, pour juger ce que j'ai mis un an à écrire ? Quand ils disent oui, on ne se pose pas la question. On dit : merci, merci. On est acheté, en quelque sorte. On se la boucle. On risque, un jour ou l'autre, si l'éditeur nous conduit au succès, de se prendre pour quelqu'un.
    S'ils disent non, on leur casse du sucre sur le dos, mais on n'est pas pris au sérieux, notre propos passe pour du ressentiment (il est probable que des lecteurs de ce blog me classent dans cette catégorie : j'aurais des comptes à régler). C'est comme la psychanalyse. Quiconque conteste la psychanalyse est un cas psychanalytique. Conclusion: la question de la légitimité de l'éditeur ne se pose jamais. La notoriété suffit à crédibiliser le label. C'est comme les produits marqués "VU À LA TÉLÉ". La publicité se sert de la publicité comme critère de qualité! Les commerçants ne reculent devant rien. Ils prennent les gens pour des cons, mais le pire, c'est que ça marche, donc...
par Périgot publié dans : édition
Vendredi 29 décembre 2006
    Ne nous berçons pas d'illusion (moi, en tout cas, je n'en ai plus l'âge) : mon libraire est foutu. J'en ai déjà enterré plusieurs. L'un est devenu taxi. Un autre est en fin de droits. Je suis tout prêt à les défendre, les libraires. C'est noble et bien vu dans les milieux intellos de défendre les libraires, mais je regrette, ils sont foutus. Il ne faut pas se le cacher. Ce n'est pas de gaieté de cœur que j'aligne ces mots : ils sont foutus. J'ai vécu longtemps à Rouen. Le cœur du centre ville, pour moi, quand j'allais faire les courses, c'était l'Armitière, une petite librairie qui était devenue assez grande, raisonnablement grande. On n'allait pas en ville, le samedi après-midi, sans faire halte à l'Armitière, et là, on rencontrait toujours des amis. On papotait. On parlait de livres, évidemment, y compris avec les libraires, qui étaient des amis non déclarés, et qui nous conseillaient. C'est grâce à eux que j'ai découvert Emmanuel Bove. Catherine, l'une des libraires, m'avait dit un jour : il faut absolument que tu lises ça.
    Je ne sais pas ce qu'est devenue Catherine – bonjour, Catherine ! L'Armitière a muté en multistore culturel à plusieurs étages où le chaland se perd et cherche en vain quelqu'un ressemblant à un libraire. Je m'en fous, je n'habite plus à Rouen. Mais là où j'habite, il n'y a pas de Catherine qui me dise : il faut absolument que tu lises ça. Même les bons libraires sont beaucoup moins bons qu'ils n'étaient. Sans doute n'en ont-ils plus les moyens, obsédés qu'ils sont par leur survie. On ne voit pas comment ils pourraient résister à la grande distribution qui écrase tout sur son passage. Qui a, par exemple, écrasé les quincailleries, quand les besoins en quincaillerie sont restés les mêmes. Alors, pour les bouquins, je vous dis pas... Il y a de moins en moins de gens qui lisent... C'est de plus en plus ringard, de lire. Nous sommes dans une civilisation de l'image, n'est-ce pas...
    Je dois avouer que, sans Catherine, je ne suis pas motivé pour rallier à vélo la "bonne librairie " de ma ville. De plus, le libraire n'est pas sympa. Il se la joue un max, du genre : moi, j'ai lu tous les livres. Autrement dit, il vous prend pour un con. Bref, je commande sur Amazon. Je sais, c'est des Américains, mais j'ai essayé sur Alapage, le site rame et le port est plus cher. Allons-y pour Amazon. Je n'ai pas plus d'intérêt, pauvre de moi, dans Alapage que dans Amazon. Il n'est d'ailleurs pas impossible que ce soit les mêmes capitaux. La haute finance internationale, c'est la famille tuyaux-de-poêle. Tu manges un yaourt Sony. Tu regardes un téléviseur Nestlé. Donc, je commande sur Amazon, qui a un fonds sans fond et qui livre en 48 heures chrono. Autrement dit, à chaque commande, je lance une pelletée de terre de plus pour enterrer mon libraire... Pourtant, je suis un mec  conscient, amoureux des livres, et même écrivain à ses heures, vous vous rendez compte... La situation est vraiment désespérée. Adieu, libraire !
par Périgot publié dans : librairie
Jeudi 28 décembre 2006
    Une amie écrivain m'a dit...
    J'habite la même petite ville de province que mon éditrice. Comme Paris reste un point de passage obligé, aussi bien pour un auteur que pour un éditeur, nous nous retrouvons régulièrement sur le quai de la gare, direction Paris, à attendre le TGV. Ah! ma chérie ! dit l'éditrice, avec un sourire épanoui (malgré l'heure matinale et une marque d'oreiller sur la tempe gauche). Ses auteurs sont une grande famille dont elle serait un peu comme la maman. Une jeune maman, qui a aussi bien d'autres choses à faire, mais qui est toujours là pour distribuer une caresse, remettre une mèche de cheveux en place. Tout ça avec le même sourire épanoui qui donne envie de la gifler. Ce serait une violence incomprise, parce que tout le monde le dit : "Elle est charmante, Catherine." Elle est capable de remuer ciel et terre pour venir en aide à un auteur en détresse. Un auteur important, bien entendu. Qui a de la surface. De la visibilité. Ou au moins lourd de promesses. On a bien le droit de choisir ses amis. Bref, cette femme est d'un commerce agréable et c'est toujours un déchirement quand le TGV entre en gare : bien que nous allions dans la même direction, le moment est venu de nous quitter, car nous n'avons pas le même billet. Le sien coûte 50% plus cher. Dieu merci ! le bar central du TGV favorise le rapprochement entre les VIP et la piétaille. Catherine dit d'une voix enjouée : "On se retrouve au bar, d'accord ?" Au bar, elle paiera les deux cafés. Et même mon croissant.
    A l'occasion d'une de ces rencontres ferroviaires, je lui demande : "Tu es contente de ton comptable?" "C'est un type formidable, me dit-elle. Très efficace et très dévoué." J'avais détecté dans mon relevé de droits, une erreur de 3000 €. Rien que ça. De quoi vivre pendant deux mois pour un pauvre auteur. Plusieurs lettres au service de comptabilité étaient restées sans réponse et impossible d'avoir le grand responsable au bout du fil. Deux mois plus tard, j'avais trouvé un chèque de 3000 € dans ma boîte à lettres. Sans aucun mot, ni d'explication ni d'excuse. J'ironise auprès de mon éditrice: "Un type formidable, en effet !" Elle me prend par l'épaule et me dit : "Oh! tu sais, ma chérie, qu'est-ce que c'est que 3000 € pour une boîte comme la nôtre !"
    Pour compléter le portrait de cette éditrice qui compte dans le "paysage" éditorial français, mon amie rapporte une dernière anecdote. Toujours sur le quai de la gare. Elle était très déçue par les réactions de la presse à la sortie de son dernier livre – ou plutôt par l'absence de réactions: les journalistes "ne sentaient pas" son bouquin, c'est ce que l'attachée de presse s'entendait dire ! Ils lisent à vue de nez, ces crétins ! Elle vitupérait contre eux devant son éditrice, dénonçant leur manque de culture. L'éditrice l'arrêta et lui dit sans plaisanter : "S'il te plaît, ne soit pas si dure avec les gens qui manquent de culture, c'est mon cas." La culture n'est plus comme la confiture, on ne cherche même pas à l'étaler.
    Ça me fait penser à cet autre éditeur, directeur d'une boîte d'édition moyenne, à qui je demande poliment des nouvelles de l'accouchement de sa femme. "Le col du fémur a eu du mal à s'ouvrir", me répond-il. "Elle est tombée sur un os", dis-je. Il n'a pas compris ni cherché à comprendre ma réplique. Le même arrive un matin au bureau et dit à ses collègues: "Vous avez vu ? Ils viennent de sortir une novellisation d'Au nom de la rose."
    Pour être coiffeur, il faut passer un brevet. Sans brevet, pas le droit d'ouvrir boutique. Et pour être éditeur, il faut quoi?
par Périgot publié dans : édition

VIENT DE PARAITRE
couv-pacom1.jpgLes Pacom
4 histoires inédites
pour les 9-12 ans

par Lou & Périgot
littératures • 9,50 €
Texte intégral en ligne
et commande du livre


En 2001-2002, les Editions Fayard inauguraient un "secteur jeunesse" avec 12 titres des "Pacom", une collection mettant en scène des parents "pas comme" les autres, qui apprennent à Juju et Lulu à ne pas être des moutons, à tout mettre en question, à penser par eux-mêmes. Cette initiation à l'approche philosophique, irrespectueuse, voire provocatrice, a fait chou blanc faute d'une commercialisation adaptée par un éditeur qui n'y connaissait rien en littérature jeunesse, mais aussi à cause de la conjoncture politique : elle a été mise en place en librairie, le... 11 septembre 2001 ! Dans ce livre, j'ai auto-édité 4 histoires restées en rade chez Fayard.

SAUVÉ DU PILON
horslaloi-couv1.jpgHors la loi
de Joseph Périgot
(à partir de 10 ans)
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Texte intégral en ligne
 
SAUVÉ DU PILON
nuit-du-voleur-etc.jpg
La nuit du voleur
de Joseph Périgot
(à partir de 8 ans)
Trois "Souris Noire"
des années 80
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