Créée dans les "Années Folles", dans le Montparnasse de Picasso et Max Jacob, la librairie Tschann est toujours là (elle a seulement traversé le boulevard, il y a une vingtaine d'années), bravant la FNAC, la première des FNAC (1974), qui se trouve rue de Rennes, à quelques centaines de mètres. Le site lekti-ecriture publie un bel interview de Fernando Barros, l'un de ses responsables. Il évoque la librairie en ligne concurrente de la libraire en ville et du "libraire debout", qui vend debout...

Lekti-ecriture : Avez-vous senti une différence avec le développement du commerce électronique type Amazon, etc. ?
Librairie Tschann : Bien évidemment, et de plus en plus. Même si nous ne sommes encore probablement qu’au début, les habitudes d’achat sont altérées. Nous-mêmes,personnellement ou professionnellement, y faisons appel. Mais je pense qu’à terme, le commerce électronique peut amener aux libraires, s’ils sont suffisamment responsables de ce qu’ils font : ça peut amener un public supplémentaire, avec vigilance et réaction. Parce qu’il y a des auteurs sur qui, pendant longtemps,on n’avait rien : pas de livres disponibles. On allait chez le libraire d’ancien et on se retrouvait à fouiner à droite et à gauche, et quand on n’avait pas le temps, on baissait les bras. Aujourd’hui, on va sur Internet et on trouve des livres sur des écrivains dont on n’imaginait pas que quelqu’un avait écrit dessus, tellement ils sont mineurs. D’ailleurs, la profession de libraire d’ancien elle-même subit de profondes altérations avec ces recherches sédentaires, mais ces libraires commencent à s’organiser : voyez le site Livre-rare-book , fait par des libraires pour des libraires. Le paysage est animé, on regarde sur Internet et l’on découvre plein d’informations sur l’auteur, à travers des liens avec des libraires d’anciens en province ou à l’étranger. Que fait le lecteur qui tombe là-dessus ? Il va chez un libraire ou bien, s’il trouve la référence Tschann, va chez Tschann. Du coup, ça l’amène physiquement en librairie. Cela fait beaucoup pour rapprocher les gens autour du livre. Souvenez-vous, on pensait, il y a quelques années, que le e-book allait tuer le livre sur support papier : ce fut le contraire. Peut-être que dans Internet, il y a un côté ludique et que cela permettra de sauver l’humanité, parce que les hommes restent des hommes : ils restent curieux, et tant qu’il y aura de la curiosité, ils iront vers les livres, vers les libraires, vers l’humain.Un supermarché a ouvert en Allemagne où il n’y a plus de vendeurs aux caisses : tout se fait électroniquement on entre, on dit bonjour aux murs, on repart, on dit au revoir aux murs ! C’est complètement absurde. La librairie n’est pas qu’un commerce.
Voilà un propos rassurant, et qui confirme que les libraires doivent s'approprier Internet, pas seulement pour survivre mais pour profiter des richesses nouvelles qu'il nous apporte.

Lekti-ecriture : Avez-vous senti une différence avec le développement du commerce électronique type Amazon, etc. ?
Librairie Tschann : Bien évidemment, et de plus en plus. Même si nous ne sommes encore probablement qu’au début, les habitudes d’achat sont altérées. Nous-mêmes,personnellement ou professionnellement, y faisons appel. Mais je pense qu’à terme, le commerce électronique peut amener aux libraires, s’ils sont suffisamment responsables de ce qu’ils font : ça peut amener un public supplémentaire, avec vigilance et réaction. Parce qu’il y a des auteurs sur qui, pendant longtemps,on n’avait rien : pas de livres disponibles. On allait chez le libraire d’ancien et on se retrouvait à fouiner à droite et à gauche, et quand on n’avait pas le temps, on baissait les bras. Aujourd’hui, on va sur Internet et on trouve des livres sur des écrivains dont on n’imaginait pas que quelqu’un avait écrit dessus, tellement ils sont mineurs. D’ailleurs, la profession de libraire d’ancien elle-même subit de profondes altérations avec ces recherches sédentaires, mais ces libraires commencent à s’organiser : voyez le site Livre-rare-book , fait par des libraires pour des libraires. Le paysage est animé, on regarde sur Internet et l’on découvre plein d’informations sur l’auteur, à travers des liens avec des libraires d’anciens en province ou à l’étranger. Que fait le lecteur qui tombe là-dessus ? Il va chez un libraire ou bien, s’il trouve la référence Tschann, va chez Tschann. Du coup, ça l’amène physiquement en librairie. Cela fait beaucoup pour rapprocher les gens autour du livre. Souvenez-vous, on pensait, il y a quelques années, que le e-book allait tuer le livre sur support papier : ce fut le contraire. Peut-être que dans Internet, il y a un côté ludique et que cela permettra de sauver l’humanité, parce que les hommes restent des hommes : ils restent curieux, et tant qu’il y aura de la curiosité, ils iront vers les livres, vers les libraires, vers l’humain.Un supermarché a ouvert en Allemagne où il n’y a plus de vendeurs aux caisses : tout se fait électroniquement on entre, on dit bonjour aux murs, on repart, on dit au revoir aux murs ! C’est complètement absurde. La librairie n’est pas qu’un commerce.
Voilà un propos rassurant, et qui confirme que les libraires doivent s'approprier Internet, pas seulement pour survivre mais pour profiter des richesses nouvelles qu'il nous apporte.
par Périgot
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librairie
L'écriture est une forme de présence au monde. Un plus de présence, une présence plus proche. Quand on aime, on ouvre grand les yeux pour mieux voir l'autre, son existence tient du miracle, on aurait pu ne jamais se rencontrer, on le caresse du regard et on le trouve beau, beau, même ses petits défauts nous charment, on aime tout, on ne fait pas de détail, on se colle à lui, on le touche, on le pelote, pas seulement avec ses mains, de tout son corps, on voudrait ne faire qu'un, se fondre en lui, se perdre en lui etc. L'écriture est une forme d'amour. En exergue du livre de Georges Bonnet (que je n'ai plus sous la main pour l'avoir prêté), il y a une citation de je-ne-sais-plus-qui disant en substance : écrire, c'est dire à la vie qu'on l'aime, il est arrivé qu'elle ne me déçoive pas...
par Périgot
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littératures
L'auteur tel que nous le connaissons et reconnaissons est né à l'époque romantique. Il est mû par l'inspiration, parfois dévorante; repérable à son style qui ne ressemble qu'à lui-même; maître du langage (donc de la pensée), mais aussi sa victime souffrante; signataire exclusif d'une œuvre originale qualifiée de "création". Il doit beaucoup au travail et tout au talent !
Fait troublant : ce profil d'auteur qui a remplacé le "lettré" aux savoirs multiples est apparu sur la scène culturelle en même temps que l'éditeur que nous connaissons, "banquier du talent", comme on l'a appelé au XIXème, doté d'un pouvoir symbolique qui le met à l'égal de l'auteur, avec lequel il constitue un couple, parfois infernal.
Cet éditeur-là étant moribond, que va-t-il advenir de son conjoint? Il aura du mal à s'en remettre. Peut-être suivra-t-il de près son éditeur chéri. Je ne le regretterai pas, car je ne me suis jamais senti proche des littérateurs ayant pignon sur rue et se montrant à la fenêtre (d'ailleurs, j'ai toujours habité côté cour) et je n'ai jamais brigué leur position. Ils jouent entre eux. Je fais miennes ces paroles de Don Milani: "Je ne veux pas mourir bourgeois, je ne veux pas qu'on me prenne pour un auteur de livres. Si seulement je pouvais faire comprendre à quelques-uns qu'on n'a pas besoin pour écrire de génie ni même de talent... L'écriture, croyez-moi, n'est que le contraire de la paresse."
Fait troublant : ce profil d'auteur qui a remplacé le "lettré" aux savoirs multiples est apparu sur la scène culturelle en même temps que l'éditeur que nous connaissons, "banquier du talent", comme on l'a appelé au XIXème, doté d'un pouvoir symbolique qui le met à l'égal de l'auteur, avec lequel il constitue un couple, parfois infernal.
Cet éditeur-là étant moribond, que va-t-il advenir de son conjoint? Il aura du mal à s'en remettre. Peut-être suivra-t-il de près son éditeur chéri. Je ne le regretterai pas, car je ne me suis jamais senti proche des littérateurs ayant pignon sur rue et se montrant à la fenêtre (d'ailleurs, j'ai toujours habité côté cour) et je n'ai jamais brigué leur position. Ils jouent entre eux. Je fais miennes ces paroles de Don Milani: "Je ne veux pas mourir bourgeois, je ne veux pas qu'on me prenne pour un auteur de livres. Si seulement je pouvais faire comprendre à quelques-uns qu'on n'a pas besoin pour écrire de génie ni même de talent... L'écriture, croyez-moi, n'est que le contraire de la paresse."
par Périgot
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littératures
En voici un, livre authentique : "Les yeux des chiens ont toujours soif", de Georges Bonnet (Le Temps qu'il fait, 2006). J'ai l'air de m'éloigner de la ligne que je me suis fixée pour ce blog, en donnant dans la critique littéraire. Mais non, ce n'est pas de la critique. J'en serais bien incapable et la critique n'est pas un exercice pour moi. J'ai seulement envie de dire aux gens qui passent sur ce site : lisez ce livre – et si vous ne l'aimez pas, je ne vous adresse plus la parole!Le texte de la 4ème de couverture est parfait (chapeau au rédacteur! qui est peut-être l'auteur lui-même): "C'est avec une grande économie de moyens et une pudeur exemplaire, suivant à petits pas les personnages de son récit, que Georges Bonnet nous relate la rencontre d'Émile et Louise, septuagénaires jusqu'alors solitaires et confinés entre appartement, jardin public et cimetière, mais finalement sujets aux plus intenses débordements du cœur. C'est grâce à un art dénué de tout artifice, comme puisé à l'émotion même, qu'il sait rendre palpitante la plus partagée des banalités et tenir le lecteur en haleine. Car ces êtres - auxquels il ne doit, en principe, plus rien arriver - sont vulnérables à l'amour, à ses joies comme à ses peines, quand même il ne leur viendrait pas à l'esprit de nommer le sentiment qui les traverse et les rend à la vie."
Georges Bonnet a plus de 80 ans. C'est de la vieillesse qu'il parle avec tant de délicatesse. De la vérité de la vieillesse, qui n'est pas, contre toute apparence, l'antichambre de la mort, mais une forme de vie, la dernière, donc la plus pathétique.
Jeune, je proclamais avec Nabokov: "La littérature est enchantement et supercherie." Mes goûts me portent aujourd'hui vers les écrivains du mot le plus juste, vers ceux qui disent, comme Albert Cossery : "Je ne suis pas un romancier, je suis un écrivain, je dis la vérité." Ou encore ce Don Milani qu'on soupçonne d'avoir écrit pour les enfants de Barbiana: "Le seul critère d'une œuvre ou d'une phrase, c'est son degré d'approche de la réalité." Les mots de la tribu ne sont jamais exactement à la hauteur de ce que l'on vit et voudrait dire. Du moins cette inadéquation est-elle à la source du besoin d'écrire. Nous sommes tous schizophrènes, séparés du monde par un flou, un vide, un voile. Les meilleurs écrivains font le point, jette un pont, lèvent le voile. Georges Bonnet est de ceux-là.
par Périgot
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littératures
The long tail : cette expression nous vient d'Outre-Atlantique et caractérise le commerce numérique des "biens culturels". La longue queue, telle est sa traduction exacte. Ceux qui l'ont importée ont jugé cette traduction "ambiguë" (osent-ils parler de la queue des comètes et des pianos à queue?) et lui ont préféré la longue traîne, qui évoque, au choix, le filet des chalutiers ou la robe de la mariée. J'opterai pour le filet des pêcheurs.
L'idée est, pour une part, une version moderne du bouche-à-oreille : le Net donne à un livre inconnu du grand public le temps et les moyens de se propager sans marketing et sans publicité, les deux mamelles du "marché de masse". Le filet qu'il traîne s'alourdit peu à peu, au fil des commentaires de lecteurs sur les librairies en ligne ou dans les multiples blogs littéraires, à l'aide des recommandations du genre : "Ceux qui ont acheté ce livre, on aussi acheté...", ou plus simplement par contamination, d'ami en ami, via la messagerie électronique. De plus, ce n'est pas pour rien qu'on appelle le web "la toile". Il est tissé de réseaux, or un réseau accélère la propagation, et ça communique de réseau en réseau. Une simple recherche sur Google révèle, si ce n'est un réseau au sens exact, tout ce qu'il faut pour faire un réseau.
Souvenons-nous du prof de droit toulonnais qui perturba de manière décisive le grand prêche du oui en 2005. On l'a accusé de tous les maux quand ce n'était qu'un citoyen responsable aidant à l'exercice de la démocratie, sans aucune démarche promotionnelle, par la seule mise en ligne d'un texte intelligent et documenté.
Mais la circulation de l'information propre à Internet ne suffit pas à expliquer la longue queue. La délocalisation du marché joue pour beaucoup. Un local de librairie ne peut contenir qu'un nombre limité de livres et son rayon de chalandise est de quelques kilomètres. En théorie, une librairie en ligne peut proposer au monde entier le catalogue complet de tous les éditeurs connus... et inconnus. Conséquence directe: un livre n'a pas besoin d'être au hit parade pour avoir une place dans "l'espace" commercial et le marché est tellement vaste qu'il a toutes les chances de trouver des lecteurs.
On objectera qu'une grosse machine comme Amazon n'a aucun intérêt à s'embarrasser de bouquins qui se vendront à dix exemplaires sur les dix ans à venir. Erreur ! D'abord, ce n'est guère un embarras, le "stock" d'une librairie en ligne n'étant que virtuel. Mais surtout, les statistiques d'Amazon révèlent que la majorité des ouvrages vendus ne sont pas présents dans les librairies. Comme le dit sans fioritures un capital-risqueur américain: "C'est dans les plus faibles ventes qu'il y a le plus d'argent à faire." Patience et longueur de traîne, voilà la solution. Ce qui est petit est gentil et peut rapporter gros. En matière de pub, Google fait son beurre avec une myriade de petits annonceurs.
Bien entendu, ce n'est pas le profit qui m'excite, mais la diversité culturelle qui se profile à l'horizon. La nouvelle édition pourra échapper à la tyrannie du plus petit dénominateur commun, indispensable pour séduire une masse, c'est à dire un gros tas de lecteurs. Il y aura toujours des Congourt, des Little montés sur talonnettes, des Marc Levyde, des Cacavalda, mais ils ne pomperont plus l'air aux livres authentiques, qui auront tout le temps de trouver leurs lecteurs.
Vive la longue queue !
L'idée est, pour une part, une version moderne du bouche-à-oreille : le Net donne à un livre inconnu du grand public le temps et les moyens de se propager sans marketing et sans publicité, les deux mamelles du "marché de masse". Le filet qu'il traîne s'alourdit peu à peu, au fil des commentaires de lecteurs sur les librairies en ligne ou dans les multiples blogs littéraires, à l'aide des recommandations du genre : "Ceux qui ont acheté ce livre, on aussi acheté...", ou plus simplement par contamination, d'ami en ami, via la messagerie électronique. De plus, ce n'est pas pour rien qu'on appelle le web "la toile". Il est tissé de réseaux, or un réseau accélère la propagation, et ça communique de réseau en réseau. Une simple recherche sur Google révèle, si ce n'est un réseau au sens exact, tout ce qu'il faut pour faire un réseau.
Souvenons-nous du prof de droit toulonnais qui perturba de manière décisive le grand prêche du oui en 2005. On l'a accusé de tous les maux quand ce n'était qu'un citoyen responsable aidant à l'exercice de la démocratie, sans aucune démarche promotionnelle, par la seule mise en ligne d'un texte intelligent et documenté.
Mais la circulation de l'information propre à Internet ne suffit pas à expliquer la longue queue. La délocalisation du marché joue pour beaucoup. Un local de librairie ne peut contenir qu'un nombre limité de livres et son rayon de chalandise est de quelques kilomètres. En théorie, une librairie en ligne peut proposer au monde entier le catalogue complet de tous les éditeurs connus... et inconnus. Conséquence directe: un livre n'a pas besoin d'être au hit parade pour avoir une place dans "l'espace" commercial et le marché est tellement vaste qu'il a toutes les chances de trouver des lecteurs.
On objectera qu'une grosse machine comme Amazon n'a aucun intérêt à s'embarrasser de bouquins qui se vendront à dix exemplaires sur les dix ans à venir. Erreur ! D'abord, ce n'est guère un embarras, le "stock" d'une librairie en ligne n'étant que virtuel. Mais surtout, les statistiques d'Amazon révèlent que la majorité des ouvrages vendus ne sont pas présents dans les librairies. Comme le dit sans fioritures un capital-risqueur américain: "C'est dans les plus faibles ventes qu'il y a le plus d'argent à faire." Patience et longueur de traîne, voilà la solution. Ce qui est petit est gentil et peut rapporter gros. En matière de pub, Google fait son beurre avec une myriade de petits annonceurs.
Bien entendu, ce n'est pas le profit qui m'excite, mais la diversité culturelle qui se profile à l'horizon. La nouvelle édition pourra échapper à la tyrannie du plus petit dénominateur commun, indispensable pour séduire une masse, c'est à dire un gros tas de lecteurs. Il y aura toujours des Congourt, des Little montés sur talonnettes, des Marc Levyde, des Cacavalda, mais ils ne pomperont plus l'air aux livres authentiques, qui auront tout le temps de trouver leurs lecteurs.
Vive la longue queue !
par Périgot
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