
Interrogé par Le Monde, pendant le salon du livre de Paris, Christian Bourgois a déclaré :"Cela devient de plus plus en difficile de faire vivre une maison d'édition avec 500 lecteurs. Où sont passés les 1 500 à 2 000 lecteurs réguliers que nous connaissions auparavant ?"
500 lecteurs ! C'est donc tout le public d'un éditeur aussi prestigieux que Christian Bourgois! Ça veut dire que les lecteurs se raréfient, certes, mais aussi que le pouvoir symbolique de l'éditeur a disparu.
Selon "Naissance de l'éditeur" de Pascal Durand et Anthony Glinoer (Les Impressions nouvelles, 2005) [commander ce livre]
Plus précisément, trois traits caractérisent l'Editeur (Curmer met toujours un grand E): 1° un pouvoir charismatique; 2° une disposition artistique et intellectuelle; 3° une responsabilité à l'égard du public, pour le faire accéder, "par des concessions graduées, aux valeurs littéraires les plus hautes" (sic) et à l'égard de l'auteur, dont il encadre la carrière.
Eh oui ! Une autre époque! Ce beau costume sied bien mal aux voyous endimanchés qui ont fait main basse sur l'édition française, et qui vendent aussi bien des canons que des casseroles, pourvu que ça rapporte. De l'eau a passé sous le pont, et elle a passé vite, car, dans ma jeunesse, les éditeurs me faisaient encore rêver. Je n'osais espérer être adoubé par un Gaston Gallimard. Pousser la porte de la petite maison du Seuil, rue Jacob, me faisait rougir et trembler. J'étais jeune, naïf, mais l'édition avait encore de la tenue.
L'effectif dérisoire des lecteurs de Christian Bourgois et l'état de dégradation de la fonction éditoriale qui saute aux yeux avec le recul historique ne peuvent que nous conforter dans l'idée que l'édition qui nous est familière est foutue, bien foutue, après moins de deux siècles d'existence.
par Joseph Périgot
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édition
Suite de mon papier de lundi dernier, à propos du roman de Virginie Lou.
Les articles promis sont tombés. La même semaine. Deux bons papiers et dans deux journaux bien ciblés: le lectorat du Monde et de Télérama doit compter un bon pourcentage de lecteurs de romans.
Mais rien n'est gagné. Virginie Lou en a fait l'expérience avec De la vie et autres chienneries (Joëlle Losfeld, 2005), et, déjà, avec son premier roman, Eloge de la lumière au temps des dinosaures (Actes Sud, 1997), qui avait plafonné à 6000 exemplaires malgré une critique abondante et élogieuse. Sans la presse, un roman est mort-né, mais la presse est de moins en moins vendeuse.
Le fait s'explique par la désaffection pour la lecture en général, et — en particulier — celle des journaux. Les jeunes n'en lisent pratiquement plus (l'école, récemment ouverte à la littérature pour la jeunesse, devrait aussi se soucier de ce problème civique). Mais surtout, les journalistes se sont déconsidérés. Cf le livre de Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde — devenu un best seller sans passer, en refusant de passer à la télé! — dont voici la conclusion:
Mais même si on les lit (pour ma part, je n'y consens que dans le TGV, sur du temps perdu), comment voulez-vous leur prêter intérêt, en sachant qu'ils sont vendus? Eux-mêmes ne se prennent pas au sérieux: nombre de "critiques" se bornent à délayer le prière d'insérer envoyé par l'éditeur. A force de ramper, ils finissent par ne plus savoir se tenir debout.
Ces considérations amères et désobligeantes visent — comme le dit Serge Halimi — un système. Dieu merci, je connais des journalistes qui gardent, autant que faire se peut, la tête haute. Certains participent même à un observatoire des medias, acrimed.org, dans le souci d'une "critique indépendante, radicale et intransigeante".
Les articles promis sont tombés. La même semaine. Deux bons papiers et dans deux journaux bien ciblés: le lectorat du Monde et de Télérama doit compter un bon pourcentage de lecteurs de romans.
Mais rien n'est gagné. Virginie Lou en a fait l'expérience avec De la vie et autres chienneries (Joëlle Losfeld, 2005), et, déjà, avec son premier roman, Eloge de la lumière au temps des dinosaures (Actes Sud, 1997), qui avait plafonné à 6000 exemplaires malgré une critique abondante et élogieuse. Sans la presse, un roman est mort-né, mais la presse est de moins en moins vendeuse.
Le fait s'explique par la désaffection pour la lecture en général, et — en particulier — celle des journaux. Les jeunes n'en lisent pratiquement plus (l'école, récemment ouverte à la littérature pour la jeunesse, devrait aussi se soucier de ce problème civique). Mais surtout, les journalistes se sont déconsidérés. Cf le livre de Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde — devenu un best seller sans passer, en refusant de passer à la télé! — dont voici la conclusion:
« Parlant des journalistes de son pays, un syndicaliste américain a observé: "Il y a vingt ans, ils déjeunaient avec nous dans des cafés. Aujourd'hui, ils dînent avec des industriels." En ne rencontrant que des "décideurs", en se dévoyant dans une société de cour et d'argent, en se transformant en machine à propagande de la pensée de marché, le journalisme s'est enfermé dans une classe et dans une caste. Il a perdu des lecteurs et son crédit. Il a précipité l'appauvrissement du débat public. Cette situation est le propre d'un système: les codes de déontologie n'y changeront pas grand-chose. Mais, face à ce que Paul Nizan appelait "les concepts dociles que rangent les caissiers soigneux de la pensée bourgeoise", la lucidité est une forme de résistance»[Commander le livre]
Mais même si on les lit (pour ma part, je n'y consens que dans le TGV, sur du temps perdu), comment voulez-vous leur prêter intérêt, en sachant qu'ils sont vendus? Eux-mêmes ne se prennent pas au sérieux: nombre de "critiques" se bornent à délayer le prière d'insérer envoyé par l'éditeur. A force de ramper, ils finissent par ne plus savoir se tenir debout.
par Périgot
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presse
Je me rends compte que j'ai accordé peu de place dans ce blog à un phénomène de première importance: la concentration financière de l'édition. Ce n'est pas un scoop, mais on finit par l'oublier. Lekti-ecriture.com y consacre un dossier très pertinent. 1% des marques éditoriales comptabilisent 90% du chiffre d'affaires! Le premier éditeur français (1400 millions d'euros par an), Lagardère (Hachette), est un marchand d'armes. Quand on sait qu'un autre marchand de mort, Dassault, contrôle la presse à 70%, c'est peu de dire que la lecture est minée!Le 2ème de la course aux profits s'appelle Editis. Il pèse la moitié d'Hachette, mais trois fois plus que le groupe Gallimard et 30 fois plus qu'Actes Sud... A sa tête le baron Seilière, ex-grand-timonier du patronat français. Entre baron et marchand de canons, nous sommes bien encadrés!
Et ils sont en passe de contrôler toute la chaîne du livre. Ils ont la main sur la diffusion-distribution (70% pour Hachette) et gagnent du terrain en librairie. A qui croyez-vous qu'appartiennent Virgin et le Furet du Nord, la 2ème plus grosse librairie ? A Hachette, une fois de plus. On ne s'étonnera pas que les éditions Hachette soient sur-représentés dans les kiosques de gare (Relay Hachette!).
C'est un Américain, André Schiffrin, qui a le mieux analysé les effets dévastateurs de la concentration, dans deux livres publiés par La Fabrique : "L'édition sans éditeurs" et sa suite, "Le contrôle de la parole". Editeur pendant 30 ans à Pantheon Books, prestigieuse maison d'édition littéraire, à New York, il a démissionné après le rachat par l'Allemand Bertelsmann (1er groupe de communication en Europe, propriétaire de France Loisirs, 3ème éditeur français) et fondé une maison d'édition à but non lucratif. Il sera présent aux premières Rencontres de l'Edition Indépendante qui auront lieu à Lurs et Forcalquier, dans les Alpes de Haute-Provence, du 31 mai au 2 juin (ouvertes au public, sur inscription avant le 15 mai).
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par Périgot
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édition
Allegro furioso est le nouveau roman de Virginie Lou, aux Editions Joëlle Losfeld (102 pages, 10,90 €)
A la publication d'un livre, l'auteur est dans l'attente angoissée des papiers promis par les journalistes à l'attaché(e) de presse, car le sort du livre est entre leurs mains. Pour "Allegro furioso", sorti début février, Le Monde a promis, Télérama a promis – deux medias essentiels – mais rien ne vient. Or, au bout de deux à trois mois, les libraires commencent à retourner le livre s'il ne s'est rien passé dans la presse. Il faut faire de la place, un livre chasse l'autre. C'est une conséquence de la production inflationniste, qui conduit à détruire 100 millions de livres par an en France!. Oui, vous avez bien lu: 100 millions. Les journalistes sont eux-mêmes débordés. Ils ne lisent pas, lisent à moitié ou avec le nez et ils vont au plus facile : les copains d'abord et les auteurs installés, toujours les mêmes. Sur Internet, l'information circule différemment. Elle est plus rapide, pas limitée en volume, multiforme et surtout elle se propage par réseaux entremêlés. C'est une chance à saisir pour le livre.
Une mère seule et son fils unique: Ètrange couple, passionnel, fusionnel, dont la séparation est pourtant programmée...
Dans une semaine, Arno va partir au Canada pour étudier le violon. Il a réussi le concours d'entrée dans la classe d'un maestro. Aurélie est fiére de son fils, elle ne l'a pas élevé pour qu'il reste dans ses jupes, mais, après vingt ans d'intimité au quotidien, cette rupture la fait terriblement souffrir. Consciente que cette douleur est illégitime, et même indécente, elle fait tout pour la cacher.
Arno connaît trop bien sa mère pour être leurré. Il l'entoure de toute sa tendresse et l'entraîne dans une petite folie: une virée express à Rome, la ville qu'ils aiment tant. Dix heures de route pour boire un capuccino à Trastevere! Aurélie saisit au bond l'occasion de cette ultime complicité avec son fils.
Mais la "ville éternelle" accueille un sommet des dirigeants de l'Empire et les opposants altermondialistes défilent par centaines de milliers. Même scenario qu'à Gênes, en 2001, lors du G8: les forces de l'ordre sèment le désordre. Aurélie est assommée d'un coup de matraque. Lorsqu'elle reprend conscience dans la rue déserte et dévastée, Arno a disparu. Hébétée, elle le cherche à travers la ville...
Consulter le site de Virginie • Lire des extraits • Commander le livre
A la publication d'un livre, l'auteur est dans l'attente angoissée des papiers promis par les journalistes à l'attaché(e) de presse, car le sort du livre est entre leurs mains. Pour "Allegro furioso", sorti début février, Le Monde a promis, Télérama a promis – deux medias essentiels – mais rien ne vient. Or, au bout de deux à trois mois, les libraires commencent à retourner le livre s'il ne s'est rien passé dans la presse. Il faut faire de la place, un livre chasse l'autre. C'est une conséquence de la production inflationniste, qui conduit à détruire 100 millions de livres par an en France!. Oui, vous avez bien lu: 100 millions. Les journalistes sont eux-mêmes débordés. Ils ne lisent pas, lisent à moitié ou avec le nez et ils vont au plus facile : les copains d'abord et les auteurs installés, toujours les mêmes. Sur Internet, l'information circule différemment. Elle est plus rapide, pas limitée en volume, multiforme et surtout elle se propage par réseaux entremêlés. C'est une chance à saisir pour le livre.
Une mère seule et son fils unique: Ètrange couple, passionnel, fusionnel, dont la séparation est pourtant programmée...Dans une semaine, Arno va partir au Canada pour étudier le violon. Il a réussi le concours d'entrée dans la classe d'un maestro. Aurélie est fiére de son fils, elle ne l'a pas élevé pour qu'il reste dans ses jupes, mais, après vingt ans d'intimité au quotidien, cette rupture la fait terriblement souffrir. Consciente que cette douleur est illégitime, et même indécente, elle fait tout pour la cacher.
Arno connaît trop bien sa mère pour être leurré. Il l'entoure de toute sa tendresse et l'entraîne dans une petite folie: une virée express à Rome, la ville qu'ils aiment tant. Dix heures de route pour boire un capuccino à Trastevere! Aurélie saisit au bond l'occasion de cette ultime complicité avec son fils.
Mais la "ville éternelle" accueille un sommet des dirigeants de l'Empire et les opposants altermondialistes défilent par centaines de milliers. Même scenario qu'à Gênes, en 2001, lors du G8: les forces de l'ordre sèment le désordre. Aurélie est assommée d'un coup de matraque. Lorsqu'elle reprend conscience dans la rue déserte et dévastée, Arno a disparu. Hébétée, elle le cherche à travers la ville...
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par Périgot
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littératures
Sur La Feuille - blog de qualité dédié à l'actualité de l'édition et de l'édition électronique -, Hubert Guillaud se fait l'écho d'une information publiée par betapolitique: Serge Portelli, magistrat, vice-président au tribunal de Paris, président de la 12e Chambre correctionnelle, membre du syndicat de la magistrature et auteur de plusieurs livres sur les prisons et la réforme de la justice, avait préparé un nouvel ouvrage : "Ruptures", dressant le sinistre bilan de 5 ans de gouvernement Sarkozy et réfutant la plupart des fausses évidences fondant sa politique de sécurité. Au dernier moment, l’éditeur (dont le nom n'est pas révélé) a « renoncé » à publier ce texte, ne laissant plus le temps à un nouvel éditeur de le faire paraître avant l’élection présidentielle.
Après l'affaire d'Alain Duhamel interdit d'émission sur France 2 pour avoir pris position en faveur de Bayrou (hors antenne!) et le limogeage du directeur de la rédaction de Paris-Match, coupable d'un article sur les problèmes conjugaux du ministre de l'intérieur, mon mauvais esprit m'incline à penser qu'il y a encore du Sarkozy là-dessous. Naboléon, comme l'appelle Bedos, a frappé une fois de plus.
C'était sans compter sur le web ! Le site betapolitique va publier le texte en ligne chapitre par chapitre, et d'ores et déjà, pour la modique somme de 6 €, on peut le télécharger sur lulu.com et même y acheter, pour 13 €, le livre imprimé (mais attention ! les délais postaux sont longs, avec lulu, qui est américain et fait imprimer en Espagne).
Non seulement la censure est contournée, mais ce livre, "Ruptures", risque d'y gagner pas mal de lecteurs. La diffusion par Google Video d'un documentaire sur les OGM relégué à une heure tardive par Canal Plus a eu pour effet de faire exploser son audience : en 15 jours, 5 millions de personnes l'ont visionné sur Internet, quand Canal Plus, avec ses 2,5% de part de marché, dépasse rarement le million de téléspectateurs.
A bon entendeur, salut !
Après l'affaire d'Alain Duhamel interdit d'émission sur France 2 pour avoir pris position en faveur de Bayrou (hors antenne!) et le limogeage du directeur de la rédaction de Paris-Match, coupable d'un article sur les problèmes conjugaux du ministre de l'intérieur, mon mauvais esprit m'incline à penser qu'il y a encore du Sarkozy là-dessous. Naboléon, comme l'appelle Bedos, a frappé une fois de plus.
C'était sans compter sur le web ! Le site betapolitique va publier le texte en ligne chapitre par chapitre, et d'ores et déjà, pour la modique somme de 6 €, on peut le télécharger sur lulu.com et même y acheter, pour 13 €, le livre imprimé (mais attention ! les délais postaux sont longs, avec lulu, qui est américain et fait imprimer en Espagne).
Non seulement la censure est contournée, mais ce livre, "Ruptures", risque d'y gagner pas mal de lecteurs. La diffusion par Google Video d'un documentaire sur les OGM relégué à une heure tardive par Canal Plus a eu pour effet de faire exploser son audience : en 15 jours, 5 millions de personnes l'ont visionné sur Internet, quand Canal Plus, avec ses 2,5% de part de marché, dépasse rarement le million de téléspectateurs.
A bon entendeur, salut !
par Périgot
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édition
Les Pacom
Hors la loi
La nuit du voleur